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Couverture de l’édition originale (Librairie Stock, Paris, 1922), avec en frontispice un portrait de l’auteur par Picasso. Extraits du texte dans l’édition du Rappel à l’ordre (1926).

Préparé durant l’été 1921, en vue d’une conférence prononcée en décembre à Lausanne puis Genève, publié ensuite chez Stock en 1922, dans une version revue, ce petit essai critique forme le centre de gravité du Rappel à l’ordre. Au fil de notes allant d’une demi-page à deux ou trois pages, Cocteau y passe en revue les aspects du métier même de poète, cet « artisan-prêtre ». Fuyant l’allure didactique, feignant de « piquer comme un plongeur » dans son sujet, « n’importe où, dans le désordre », l’essai n’en dessine pas moins un parcours qui va de l’artisan au prêtre, des questions de style à « l’esprit de poésie », qui est « l’esprit religieux en dehors de toute religion précise », en passant par des réflexions sur les « ismes » du moment (classicisme, romantisme, modernisme, dadaïsme, arrivisme…), et sur les œuvres du poète. À la fin, une liste d’affirmations résume la pensée de Cocteau.

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Pièce maîtresse du classicisme anti-académique défendu par Cocteau, Le Secret professionnel n’est pas exempt d’arrière-pensées stratégiques. Le rappel à l’ordre que formule Cocteau, c’est en effet celui que La N.R.F. ne cesse de faire depuis sa création en 1909, en appelant à un « classicisme moderne », associant une exigence de discipline, sans laquelle il n’y a pas d’art, à une exigence de modernité sans laquelle il n’y a pas d’authenticité. C’est déjà la ligne de Gide dans Prétextes (1903) puis Nouveaux prétextes (1911). Dans un compte rendu assez compréhensif du Secret professionnel, Jacques Rivière, secrétaire de la revue, ne se prive donc pas d’y deviner Cocteau « soucieux à l’excès de sa situation, au sens propre, comme écrivain » : « Le besoin le tourmente de rester à l’avant-garde. » Il ajoute : « Plus grand que l’inquiétude de la perfection semble être en lui par moments le goût de créer, ou de lancer des modes artistiques. »
Dans La N.R.F. du 1er mai 1926, une note de lecture est aussi consacrée au Rappel à l’ordre. Jean Prévost, son auteur, situe Cocteau dans la suite de Baudelaire et de Gide pour la méthode et les idées générales, et reprend les reproches habituellement formulés : « intelligence mimétique », excès des formules brillantes conduisant parfois au vague, auto-approbation. Bilan : « Le Rappel à l’ordre dans l’ensemble est souvent lassant, souvent utile, quelquefois excellent. »