Livres | Essais et journaux

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Visites à Maurice Barrès se présente en avril 1921 comme le premier volume d’un projet de portraits insolents annoncés sous le titre La Noce massacrée (souvenirs). Cocteau en propose une version remaniée dans Le Rappel à l’ordre, augmentée d’une préface et d’une notice et coupée du prologue présenté ci-dessus.

Les deux visites à Barrès qui forment le noyau de ce petit texte critique ont eu lieu en pleine guerre, les 23 septembre et 6 octobre 1914. Cocteau vient d’abord chercher auprès du lorrain Barrès un moyen de faire connaître le drame des blessés de guerre abandonnés à Reims, d’où il revient. Lors de sa deuxième visite, « le cache-cache d’une conversation assez réduite, parce que Barrès ignore tout des jeunes », tourne court. Avec ce livre, né d’une relecture du Jardin de Bérénice (1891) sur une plage d’Arcachon à l’été 1917, Cocteau entend jouer avec le grand homme au jeu qu’il a inventé, « dont voici les règles : moquer en respectant » (préface de 1924). L’imitation s’affiche dès le titre choisi en 1921 : La Noce massacrée (souvenirs). I. Visites à Maurice Barrès, renvoie aussitôt à l’impertinent petit livre de Barrès publié en 1888, Dialogues parisiens. I. Huit jours chez M. Renan, livre composé de fausses interviews dans lesquelles cet admirateur de Renan fait parler son maître avec beaucoup de liberté. Dans Le Rappel à l’ordre, Cocteau ajoute un sous-titre à son texte : parodie.

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« On a si bassement compris mes visites à Barrès que je brûle les portraits que je comptais réunir sous le titre La Noce massacrée. On me croyait méchant. Est-ce assez bête ! Je me suis servi de l’exemple de Barrès comme d’un projecteur pour éclairer certaines choses. Jeux de mains, jeux de vilain. C’est-à-dire que les jeux deviennent vite jeux de main lorsque les vilains s’en mêlent.
Nous sommes à une triste époque de grandes personnes. On ne sait plus jouer. Je jouais. Je connais trop le tour d’esprit de Barrès pour ne pas savoir qu’il m’approuve. »
(Jean Cocteau, D’un ordre considéré comme une anarchie, allocution au Collège de France, 1923.)