Lettres et arts | Écrivains et poètes

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Photographie de la première de Geschwister, à Munich, le 12 novembre 1930.

Klaus Mann et sa sœur Erika interprétèrent eux-mêmes cette adaptation que Klaus avait tirée des Enfants terribles, le roman de Cocteau. En l’intitulant Geschwister (Frère et sœur), Klaus Mann soulignait imprudemment le thème de l’inceste, juste suggéré par Cocteau, et prêtait le flanc aux rumeurs concernant sa vie commune avec Erika : « Ce fut un four retentissant », reconnaît-il dans Le Tournant. « Erika qui jouait le rôle principal […] dut employer toute son énergie et son autorité pour éviter que n’éclatât un horrible scandale. La presse de ma chère ville natale se répandit comme d’habitude en insultes… »
De fait, le quotidien nazi Völkischer Beobachter dénonça la pièce comme « produit d’une société moribonde, décadente, ultramoderne et superflue, composée d’handicapés mentaux n’intéressant que le psychiatre ».
De manière surprenante, Cocteau imputa cet échec à une interprétation erronée de son roman et à la fâcheuse réputation des interprètes : « Cette pièce était scandaleuse et sans le moindre rapport avec l’esprit du roman. […] Les enfants de Thomas Mann firent un mélange de mon livre et du Sang réservé de leur père. Tout cela très impur, taché de drogues et de bravade. Le pauvre Klaus s’est tué au fond du cul-de-sac de cette existence sans directives et sans issues. » (Le Passé défini, I, Gallimard, Paris, 1983).