Lettres et arts | Écrivains et poètes

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Jean Cocteau fumant l’opium. Dessin de Denyse de Bravura, 1939.

Klaus Mann était déjà usager des drogues lorsqu’il fit la connaissance de Cocteau, mais la façon dont le poète (en dépit de plusieurs cures de désintoxication) ne se cachait pas pour fumer l’opium devant ses familiers l’avait frappé :
« Jamais je n’ai pu imaginer Cocteau dans un cadre naturel ou conventionnel : dans un paysage de forêt, il serait aussi déplacé que dans une pièce d’ordonnance bourgeoise. Sa place est dans un cabinet de curiosités. Avec quelle agilité il s’ébat au milieu de son mobilier ensorcelé. Et comme son visage maigre, sans âge, paraît étrangement apaisé et concentré lorsque, étendu sur sa couche, il bourre sa petite pipe de ses doigts experts ! Sans hâte, avec des gestes cérémonieux et recueillis, il porte l’instrument à sa bouche comme une flûte ; il aspire, sans sourire, sans avidité non plus, mais avec une gravité qui transfigure ses traits et les durcit en même temps ; les yeux grands ouverts, sur son front incliné le reflet de la petite lampe, il inspire le narcotique odoriférant, la douce fumée du pavot dont Pablo Picasso aurait dit que son arôme est “moins stupide” que n’importe quel autre parfum de l’univers. »
(Le Tournant, histoire d’une vie, trad. Nicole et Henri Roche, coll. « Domaine étranger », 10-18, Paris, 2001.)