Livres | Fiction

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Au centre, « L’histoire », dernier dessin de l’édition illustrée de 1927. « Tous les critiques officiels ont dit que Thomas l’imposteur racontait une fausse guerre et qu’on voyait bien que je n’y avais pas été. Or il ne se trouve pas un seul paysage, pas une seule scène de ce livre que je n’ai habitée ou vécue » (Jean Cocteau, Opium, 1930.)

« Ce livre éblouissant et bref correspond à une certaine tradition du goût français. Au milieu des blocs majestueux que sont les pièces maîtresses de notre littérature, se glisse le ruisseau allègre des œuvres courtes. Ce ne sont pas les moins importants : les Fabliaux, La Princesse de Clèves, Manon, Candide, Le Neveu, les meilleurs contes de Mérimée, de Morand, de Marcel Aymé. »
(Jean Béraud-Villars, « Sur Thomas l’imposteur », La Table ronde, octobre 1955.)

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Après Le Grand Écart, roman dont le personnage principal est partagé entre une « moitié d’ombre » et une « moitié de lumière », voici une nouvelle où la moitié d’ombre est remplacée par une « moitié de songe ». Pour Guillaume Thomas, natif de Fontenoy, orphelin laissé très libre par sa tante, le mensonge est un jeu, « une antichambre des aventures ». Avec la guerre, le jeu est de se déguiser en militaire, de prétendre préparer l’école de tir, bientôt d’ajouter un galon de sous-officier, puis de se faire passer pour le neveu du général de Fontenoy, « grande vedette » du moment. Il se mêle un soir par hasard à la cohue qui encombre la cour d’une maison de santé parisienne transformée en Croix-Rouge par la princesse de Bormes. On le remarque, on l’interroge, il se nomme, on le croit : l’aventure change d’échelle.
Guillaume Thomas est donc un imposteur si l’on veut, mais par jeu et non par intérêt : il est de ceux qui « vivent une moitié dans le songe », et dupent « sans malice ». Cocteau, qui met de lui dans un personnage dont il a trouvé le premier modèle dans la réalité en 1915, y voit tout à la fois un « aventurier pur » et un « mystérieux personnage de Watteau », un « petit animal » et un « poète à l’état brut ». (Pierre Chanel, « Dédicaces de Thomas l’imposteur », Cahiers Jean Cocteau, 2, 1971).