Spectacles | Musique et danse

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Autre moment du spectacle, dit par Jean Le Poulain (Phono 1), Jacques Charon (Phono 2) et Jean Cocteau (La voix) pour un disque La Voix de son maître (1954). Photographies de la création (1921) : la cycliste en jupe-culotte, le général, la baigneuse de Trouville, le photographe.

La référence à Molière de la préface de 1922 aux Mariés de la tour Eiffel est instructive à plus d’un titre. Cocteau mentionne deux comédies-ballets de 1669 et 1670 : Monsieur de Pourceaugnac et Le Bourgeois gentilhomme. Comme ces deux pièces, son spectacle est une comédie-ballet « comique », conçue dans le même esprit de bouffonnerie, de burlesque et de farce, et faisant la satire du monde bourgeois, comme volontiers dans les pièces de Molière et par exemple dans Le Bourgeois gentilhomme.
Molière, « type de cet esprit français qui déconcerte à force de transparence et d’épaisseur » (Le Rappel à l’ordre, 1926), dirige la troupe du roi, joue ses divertissements à la cour mais aussi à la ville et veut plaire en même temps au roi et au grand public. De même Cocteau écrit le spectacle pour les « esprits simples » et en même temps pour ceux qui, tout en s’amusant, goûtent le « jeu royal entre têtes couronnées » (Le Rappel à l’ordre), son élégance et sa fine pointe.
Cette perspective aristocratique est juste effleurée dans la préface de 1922, qui parle de « tendre un piège, grâce auquel une partie de la salle s’amuse à la porte pour que l’autre partie puisse prendre place à l’intérieur ». Elle est explicitée dans une page du journal tenu sous l’Occupation, suscitée par une relecture des deux pièces de Molière :
« Relu Le Bourgeois gentilhomme et Pourceaugnac. Il est dommage qu’on n’ait plus prétexte à des divertissements de ce genre, où l’auteur ne se donne aucun mal et arrive à quelque chose de fort sans même s’en rendre compte. Une pièce équivalente au Bourgeois, à moins qu’on fasse un pastiche, passerait pour une méchante farce d’atelier. C’est ce qu’on disait des Mariés de la tour Eiffel, comédie-ballet, divertissement que j’ai composé dans cet esprit de Molière, mais naturellement sans le moindre rapport. Hélas, le roi n’est plus pour en faire admettre l’élégance. Le roi, c’est le public, ce même public bourgeois ou limousin qui, sans Louis XIV, aurait sifflé Le Bourgeois et Pourceaugnac » (30 décembre 1943).