Spectacles | Théâtre

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Édition originale d’Orphée (Stock, Delamain et Boutelleau, Paris, 1927). Orphée au cheval, poème-objet réalisé en 1926. Début de la pièce dans l’édition de luxe de 1944, avec des lithographies de Jean Cocteau (Rombaldi, Paris).

Cocteau écrit sa pièce à la fin de l’été 1925 à Villefranche-sur-Mer. Le projet remonte à plusieurs années, sans doute à l’époque où, avec Antigone, il commence à « recoudre la peau de la vieille tragédie grecque » pour « la mettre au rythme de notre époque » (Le Cordon ombilical, 1962). Orphée, qui revisite une légende ancienne en la situant dans le monde contemporain, suit la même idée. L’auteur en fait une « tragédie en un acte et un intervalle » (mais à fin heureuse), jouée pour la première fois au Théâtre des Arts à Paris du 17 au 30 juin 1926. Tragédie à la Shakespeare, avec des passages drôles, et qui se termine bien. Pièce à machine aussi, puisque de nombreux effets accompagnent la représentation : traversée d’un miroir, suspens en l’air de l’ange Heurtebise, tête coupée d’Orphée qui parle…

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« Vous connaissez le mythe : Orphée, le grand poète de Thrace, passait pour dompter les fauves. Or, il venait de réussir quelque chose de beaucoup plus difficile : il venait de charmer une jeune fille, Eurydice, de l’arracher au mauvais milieu des Bacchantes. La reine des Bacchantes, furieuse, empoisonna la jeune femme. Orphée obtint d’aller la chercher aux Enfers, mais le pacte lui interdisait de se retourner vers elle ; s’il se retournait, il la perdait pour toujours. Il se retourna. Les Bacchantes l’assaillirent et le décapitèrent, et, décapité, sa tête appelait encore Eurydice.
Je vous résume la légende, suivie pas à pas dans ma pièce. J’y ai ajouté quelques personnages : l’ange Heurtebise, et la Mort traitée dans le style des mystères du Moyen Âge ; un commissaire qu’il vous semblera bien avoir déjà rencontré je ne sais où, et un cheval blanc dont la présence chez le poète aurait moins interloqué nos critiques s’ils se fussent rappelé le manège de certain barbet noir dans Faust. »
(Jean Cocteau, « Autour d’Orphée et d’Œdipe », conférence-lecture du 7 décembre 1927, sténographie publiée dans Conferencia du 5 janvier 1928.)

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« Ma pièce Orphée devait être primitivement une histoire de la Vierge et de Joseph, des ragots qu’ils subirent à cause de l’ange (aide-charpentier), de la malveillance de Nazareth en face d’une grossesse inexplicable, de l’obligation où cette malveillance d’un village mit le couple dans l’obligation de prendre la fuite.
L’intrigue se prêtait à de telles méprises que j’y renonçai. »
(Jean Cocteau, Journal d’un inconnu, 1953.)