Lettres et arts | Écrivains et poètes

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Édition clandestine de Querelle de Brest de Genet, publié sans date et sans nom d’éditeur en novembre 1947 par Paul Morihien, avec vingt-neuf dessins de Jean Cocteau. Tirage à 525 exemplaires. Morihien publie un mois plus tard une deuxième édition clandestine, non illustrée, tirée à 1 850 exemplaires.

Cocteau, dont l’expression graphique s’avère plus libre que l’écriture quand il s’agit d’érotisme, trouve dans sa collaboration « anonyme » à l’édition de Querelle de Brest une manière de se mettre à l’unisson d’un écrivain quil considère dans La Difficulté d’être comme « un moraliste, si paradoxal que cela paraisse ».
Ses dessins ne serrent pas de près l’histoire, mais exaltent un idéal masculin. Une vingtaine montre des marins faunesques, aux poses viriles, au sexe lourd et très apparent, aux tétons saillants, à la pilosité foisonnante, la plupart en train de se donner du plaisir d’une manière ou d’une autre. Six introduisent des garçons aux silhouettes moins viriles, presque graciles parfois, sans accessoires signalant le marin. Cocteau donne une petite place à la femme dans cet univers érotique, en dessinant à deux reprises Madame Lysiane.
Les dessins préparatoires étaient encore plus osés dans l’exhibition du sexe masculin (voir ceux publiés par Annie Guédras dans Ils : Dessins érotiques de Cocteau, Le Pré aux Clercs, Paris, 1998). La comparaison avec les versions finalement retenues suggère que Cocteau n’a pas été insensible à une préoccupation de prudence. Ses illustrations valent en 1954 à Genet un procès pour attentat aux mœurs et pornographie.
On notera que six des neuf dessins faits par Cocteau pour l’édition anglaise du Livre blanc en 1957 (The White Paper, Olympia Press, Paris) sont des copies un peu remaniées de lithographies composées par lui pour Querelle de Brest dix ans plus tôt.