L'auteur et son œuvre | Vie de l'œuvre

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Référendum international au Festival mondial du film et des beaux-arts de Belgique (1958) : couverture de la brochure et liste des membres du jury.

Ce document est une autre pièce rare. À l’occasion de l’exposition universelle de Bruxelles en 1958, 137 critiques de tous les pays sont sollicités pour établir la liste des meilleurs films de tous les temps. Cocteau fait partie du jury.

Rappel du résultat :
1. Le Cuirassé Potemkine (Brononosetz Potemkin) (S.M. Eisenstein, U.R.S.S., 1925)
2. La Ruée vers l’or (Gold Rush) (Charlie Chaplin, États-Unis, 1925)
3. Le Voleur de bicyclette (Ladri di biciclette) (Vittorio de Sica, Italie, 1948)
4. La Passion de Jeanne d’Arc (Carl Dreyer, France, 1928)
5. La Grande Illusion (Jean Renoir, France, 1938)
6. Les Rapaces (Greeds) (Erich von Stroheim, États-Unis, 1923)
7. Intolerance (David W. Griffith, États-Unis, 1916)
8. La Mère (Mat) (Vsevolod Poudovkine, U.R.S.S., 1926)
9. Citizen Kane (Orson Welles, États-Unis, 1941)
10. La Terre (Zemlia) (Aleksandr Dovjenko, U.R.S.S., 1930)
11. Le Dernier des hommes (Der Letzte Mann) (F.W. Murnau, Allemagne, 1924)
Ex aequo : Le Cabinet du docteur Caligari (Das Kabinett des Doktor Caligari) (Robert Wiene, Allemagne, 1919)

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Ce palmarès a été depuis très abondamment commenté et critiqué. Il est facile d’y observer des caractéristiques « idéologiques » : prédominance des productions occidentales avec une concession à la production soviétique (la majorité des critiques consultés étant de sensibilité progressiste) ; absence de tout cinéma non européen ou nord-américain ; présence lourde du cinéma muet, disparu depuis une vingtaine d’années mais que la plupart des interrogés avaient connu et qui cache l’idée latente que ce mode d’expression avait déjà tout dit ; préférence pour les œuvres consensuelles, classiques sur le plan esthétique, au détriment de films moins parfaits mais jugés aujourd’hui plus riches : La Grande Illusion préféré à la Règle du jeu, Potemkine préféré à La Ligne générale ou à Ivan le Terrible
Il est amusant de voir Cocteau, qui avait présidé moins de dix ans auparavant le Festival du film maudit, se retrouver dans la position de notable promoteur d’un panthéon d’œuvres consensuelles.

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On a d’ailleurs refait ce palmarès à intervalles réguliers, peut-être par jeu. Dès l’exposition de Bruxelles, un jury non officiel se réunit qui désigna L’Atalante de Jean Vigo et L’Âge d’or de Luis Buñuel aux deux premières places. Puis Les Cahiers du cinéma proposèrent leur contre-palmarès : 1. L’Aurore (Sunrise) de Murnau, 2. La Règle du jeu de Renoir, 3. Voyage en Italie de Rossellini, etc.
Il serait évidemment éclairant d’analyser les changements du palmarès qui témoignent des changements de paramètres de la critique. Vingt ans plus tard, dans un sondage de L’Avant-Scène cinéma en 1978, Citizen Kane passe au premier rang et il y reste encore dans le top 10 de Sight and Sound en 1982, 1992, 2002, tandis que Rossellini remplace De Sica, etc. Ce célèbre hit-parade fait toujours office de référence, serait-ce sous la forme de repoussoir.