Livres | Essais et journaux

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Couverture de l’édition originale de Gide vivant (Amiot-Dumont, Paris, 1952). « Cet après-midi, j’ai dicté à Colin-Simard pour le livre sur Gide, des quantités de notes assez curieuses. Il m’interrogeait et je répondais. Cette méthode permet de conserver la fraîcheur d’une conversation . » (Le Passé défini, 22 mars 1952.)

Dans un article pareillement intitulé « Gide vivant » paru à la mort de l’écrivain dans Les Temps Modernes de mars 1951 et repris dans Situations, IV (1964), Sartre écrivait : « Toute la pensée française de ces trente dernières années, qu’elle le voulût ou non, quelles que fussent par ailleurs ses autres coordonnées, Marx, Hegel, Kierkegaard, devait se définir aussi par rapport à Gide ». Sans du tout se considérer comme un penseur, Cocteau n’a pas cessé lui aussi de se situer par rapport à ce « contemporain capital », selon un mot d’André Rouveyre souvent repris.

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Les « signes à Gide » sont multiples dans ses livres, du système des noms adopté dans Le Potomak (1913) et des réflexions du Rappel à l’ordre (1926) sur le classicisme et la langue française, au chapitre final de La Difficulté d’être (1947) prenant allusivement parti pour Genet contre Gide accusé d’être à la fois, au « tribunal des hommes », du côté des juges et des accusés (« J’avais vu Genet refuser d’être présenté à un écrivain célèbre dont l’immoralité lui semblait suspecte. »).

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Signes multiples donc, mais qui accompagnent tout un jeu de brouilles et de réconciliations avec un ami-ennemi accusé de manœuvres obliques et d’attaques à l’arme courbe. Dans Gide vivant, Cocteau ne retient pas ses jugements, mais choisit de souligner, plutôt que ses affinités ou ressemblances avec Gide, ce qui les oppose et diminue l’importance de l’écrivain à ses yeux.