L'auteur et son œuvre | Vie de l'œuvre

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Préface parlée de Jean Cocteau à son spectacle Le Bœuf sur le toit (Comœdia, 21 février 1920). Précisions sur la reprise du spectacle dans un music-hall parisien en 1921 (« Le Bœuf sur le toit au Ba-Ta-Clan », Comœdia, 16 octobre 1921).

Sans doute parce que le théâtre « oblige à des réussites immédiates » (Le Secret professionnel, 1922), Cocteau met un soin tout particulier à lancer ses spectacles, à les défendre sur scène ou dans la presse, par des articles à l’allure de préface, des notes dans les programmes des représentations. La publication d’une pièce en volume ne se fait pas non plus sans préface ou lettre-dédicace (Roméo et Juliette, Orphée, La Machine infernale). De Parade en 1917 à Bacchus en 1952, que suit dix ans plus tard L’Impromptu du Palais-Royal (1962), rares sont les pièces de Cocteau que n’accompagne aucune prise de parole de l’auteur.

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Le Bœuf sur le toit, « farce imaginée et réglée par l’auteur », est le clou du premier spectacle produit par Cocteau après la guerre, un « spectacle-concert » donné en 1920 à la Comédie des Champs-Élysées au profit des blessés des régions libérées, via l’œuvre de bienfaisance de la marquise de Noailles.
Le spectacle est donné quatre fois : deux répétitions générales privées les 21 et 23 février, deux séances tous publics les 25 et 28 février. Au début de chaque séance, Cocteau lit un assez long préambule, reproduit dans Comœdia du 21 février 1920 (un article de Raymond Radiguet sur le spectacle paraît le même jour dans Le Gaulois) : « Nous ne prétendons rien innover, rien imposer de subversif. Nous avons voulu vous amuser en nous amusant. »
Le 12 juillet suivant, Le Bœuf sur le toit est joué dans un immense music-hall de Londres (quatre mille places), le Coliseum, entre un numéro d’acrobates et un chansonnier.
C’est aussi dans un music-hall, le célèbre Ba-Ta-Clan, qu’il est repris à Paris le 19 octobre 1921, dans une version nouvelle. Cocteau justifie le choix du lieu dans un article qui paraît trois jours avant dans Comœdia : son spectacle n’est pas fait pour le music-hall, mais comme « un spectacle doit atteindre simultanément plusieurs publics », il lui plaît de le présenter « au public le plus spontané », qui est aussi le seul qui « ne préjuge pas et se laisse aller sans calcul ».