Livres | Fiction

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La publication du roman suscite une vingtaine de comptes rendus (La N.R.F., Le Temps, Le Mercure de France, L’Œuvre, L’Écho de Paris…). Ci-dessus quelques-uns des articles conservés au Fonds Cocteau de Montpellier, parus dans Excelsior, Le Gaulois, La Semaine littéraire, L’Âne d’or et Les Annales.

« Nous connaissions depuis longtemps ces angoisses de la seizième année. Et M. Jean Cocteau n’en a pas les gants. Mais l’originalité de la jeune école narcissiste — Maurice Rostand, Radiguet, Morand… — c’est la candeur impudique avec laquelle ils se couchent dans des cercueils de cristal. Ce n’est plus la Sylphide de Combourg qui les hante, mais les faunes et les satyres. Ils écrivent leurs confessions, ils rédigent leurs mémoires d’outre-tombe à l’âge où l’on n’a quasiment rien à confesser et où on ne se souvient de rien, si ce n’est de son berceau et de ses langes. Ces enfantillages valent naturellement par la manière dont ils sont contés. Celle de M. Jean Cocteau est à la fois laborieuse et mièvre. Sa phrase manque de virilité. Il se tue à dire des choses énormes dans un style nonchalant. »
(Jean-Jacques Brousson, « Le Grand Écart, roman, par jean Cocteau », Excelsior, 28 mai 1923.)

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« Le grand Écart nous prouve avec une maîtrise légère et insinuante, détachée d’elle-même, qu’il [Cocteau] a non moins d’habileté à mettre en œuvre un roman comme une belle réussite gymnique, sans le farder, sans l’accabler sous les oripeaux et les accessoires, en loyal et sûr équilibriste qui a l’élégance du maillot et le dédain des pitreries. »
(Legrand-Chabrier, « Littérature et music-hall. Le cas de M. Jean Cocteau », Le Gaulois, 2 juin 1923.)

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« Non pas, assurément, que le Grand Écart […] soit un chef-d’œuvre, ni même un ouvrage tout à fait réussi. C’est, au contraire, un livre fort inégal, où l’on peut distinguer deux parties : l’une, morale ou philosophique, assez mêlée, et au total médiocre, l’autre, analytique, descriptive, narrative, étincelante de beautés. »
(René Gillouin, « Causerie littéraire. M. Jean Cocteau », La Semaine littéraire, 28 juillet 1923.)

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« L’originalité du Grand Écart réside en son objet, sa méthode d’analyse, sa portée. Pour le style, il est ce qu’il était dans les œuvres précédentes de Cocteau, d’une élégance et d’une précision classiques. […]
Pour moi, j’estime que le Grand Écart, quand nous l’aurons bien compris sera une importante date de notre littérature moderne. »
(Jean Catel, « Une date du roman français : Le Grand Écart », L’Âne d’or, août 1923.)

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« Jean Cocteau est donc forcé de masquer ses sensibilités d’enfant, ses timidités de petit bourgeois sous l’humour de l’esthète. Il est obligé de traiter avec scepticisme et dédain une aventure qui fut évidemment l’une des grosses émotions de sa vie. De là une certaine sécheresse, une certaine raideur voulues dans un récit qui, sans cela, serait simple, puéril et émouvant. »
(G. de Pawlowski, « Les livres, le roman ; Jean Cocteau, Le Grand Écart », Les Annales, 12 août 1923.)